Février 2025
Dire que Marty était un miracle est un euphémisme.
Il fut conçu malgré le fait que sa mère ait été déclarée infertile. Elle garda son existence secrète, le protégeant pour qu’il ne soit pas arraché à elle.
Marty est né libre, dans la forêt que sa mère aimait tant, entouré de personnes qui l’aimaient déjà.
Il était un veau chanceux, grandissant sous la vigilance de sa mère—toujours près d’elle, buvant son lait à volonté, s’endormant blotti dans son étreinte. Il errait librement dans le sanctuaire, aux côtés de son meilleur ami, un autre veau nommé Leo.
Contrairement à la plupart des veaux, Marty ne fut jamais forcé d’être sevré. Il têta sa mère jusqu’à l’âge de quatre ans, un lien resté intact jusqu’à la fin. Protégé par sa mère et favori du taureau dominant du troupeau, Calvin, Marty bénéficiait de privilèges rares—l’accès au meilleur foin, aux abris les plus confortables, aux endroits les plus moelleux sous l’ombre des arbres de la forêt.
Marty avait la plus belle des vies.
Mais l’ombre de son héritage pesait sur lui, et bientôt, même son étoile chanceuse ne pourrait plus le protéger.
Marty était le produit de l’industrie laitière. Une malédiction dont peu échappent—même dans les sanctuaires les plus sûrs.
La sélection génétique et la manipulation de son espèce avaient scellé son sort bien avant sa naissance. La même industrie qui avait rejeté sa mère l’avait aussi façonné, faisant de lui une victime précoce de la parésie spasmodique (Elso Heel)—une maladie cruelle, fréquente chez les taureaux laitiers, en particulier les Holsteins et les Jerseys. On en parle rarement, car la plupart des taureaux sont abattus avant que la maladie ne prenne toute son ampleur.
Il n’existe aucun traitement. Aucun soulagement. Seule la mort peut apporter la paix.
Marty était un doux géant, un taureau à l’âme la plus tendre. Il aimait s’allonger à la lisière de la forêt, savourant la fraîcheur et le calme de la terre.
Chaque matin, en sortant de l’étable, il poussait ses premiers beuglements puissants, profonds—des appels destinés à sa mère, une promesse qu’ils se retrouveraient sous peu dans les champs.
Mais lorsque la maladie lui vola ses forces, l’obligeant à rester enfermé pendant que sa famille sortait, Marty fut submergé par le désespoir. Il pleurait et appelait, son cœur et son esprit suppliaient de les rejoindre, mais son corps l’avait trahi.
Quand j’ai enfin accepté qu’il n’y avait ni remède, ni espoir, ni miracle pour lui permettre de remarcher, j’ai compris que le laisser partir était le dernier acte d’amour que je pouvais lui offrir.
Je sais que tu es dans un monde meilleur maintenant, Marty—libéré de la douleur, léger sur tes jambes, courant à travers des champs sans fin.
Et pourtant, tu me manques.
Mon petit garçon spécial, doux et moelleux.
Je t’aimerai toujours.
Décembre 2024
Marty a connu, dans sa jeune vie, des épisodes de fortes raideurs dans les pattes arrière, causées par un début d’arthrose. Aujourd’hui, Marty est devenu un taureau impressionnant de plus de 900 kg (2000 lbs) et mesurant 1,85 m (6 pieds) au garrot.
Vendredi dernier, à la tombée de la nuit, cependant, il n’a pas réussi à se lever. Allongé sous l’abri extérieur, il s’efforçait de se positionner pour avancer ses pattes avant et mettre du poids sur ses pattes arrière, mais sans succès. C’était une scène déchirante : Marty tentait désespérément de faire obéir ses membres, en vain. La nuit tombait, et tous les membres de sa famille étaient déjà rentrés dans la grange. Sa maman, Bailey, en grande détresse, ne cessait de l’appeler.
Par pure détermination et craignant d’être séparé de son groupe, Marty a finalement réussi à se lever et à rejoindre la grange. Sa démarche, raide et erratique, témoignait de la douleur intense qu’il endurait. Nous avons décidé de le garder à l’intérieur le lendemain matin.
Le vétérinaire est venu l’examiner et lui a administré un traitement antidouleur et anti-inflammatoire.
Marty souffre d’arthrose sévère. Ses genoux sont enflés, et il n’existe pas de remède, si ce n’est la gestion de la douleur. Nous allons essayer la phénylbutazone, un analgésique et anti-inflammatoire couramment utilisé chez les chevaux, en espérant qu’il ne présente pas d’effets secondaires trop importants.
Depuis, Marty semble montrer moins de raideur dans ses pattes arrière et parvient à marcher autour de son enclos extérieur. Nous travaillons en étroite collaboration avec les vétérinaires pour assurer un suivi attentif de son état.
Mars 2024
Marty est sans aucun doute l’un des taureaux les plus chanceux du monde. Il a vu le jour au cœur même du sanctuaire, au beau milieu de la forêt. Sa mère, Bailey, est arrivée à SAFE près de neuf mois auparavant, déjà enceinte, un secret qu’elle a gardé jusqu’à son arrivée au sanctuaire. Marty a donc grandi aux côtés de sa maman, libre d’aller et venir sous sa protection bienveillante. Il a été allaité pendant plus de quatre ans ! Bien au-delà de l’âge adulte, Marty n’a plus bu pour la nutrition, mais par pur amour et affection envers sa mère. Cette dernière, d’une patience infinie, lui permettait de téter en toute quiétude.
Marty a fini par devenir aussi imposant que Calvin, notre taureau alpha, et a depuis longtemps dépassé sa mère en taille et en poids. Depuis tout petit, il est le protégé de Calvin et de sa mère évidemment, ce qui lui permet de profiter d’une place privilégiée aux mangeoires et aux places de choix dans les enclos. Marty est toujours aussi doux et bienveillant envers les humains qui l’entourent depuis sa naissance sans jamais poser un geste de tête impatient envers eux. Bien au contraire il accepte les caresses et les grattages de cou avec un plaisir évident.