À Calvin
(10 juillet 2017 — 19 juin 2025)
Je n’arrive même pas à regarder une seule image de toi, pas une seule publication du passé. Je ne peux pas non plus supporter de revoir tes photos, récentes ou anciennes. Mon cœur chavire, se retourne à l’envers, et je m’agrippe au bord du précipice pour ne pas sombrer dans le vide. Mes larmes restent coincées dans ma gorge, m’étranglent… Je voudrais tant pouvoir pleurer.
À ta naissance, cette bonne âme qui t’a sauvé d’une mort certaine a chuchoté à l’oreille de ta mère, effondrée au sol, que tu serais sain et sauf. Et ta vie a été placée entre mes mains. Une responsabilité qui m’a bouleversée et émerveillée, toi, tout petit bonhomme qui me suivais partout, comme un chiot fidèle, toujours entouré de mes chiens. Tu attendais à la porte, prêt à gambader, débordant de joie de vivre.
Je n’ai pas compris tout de suite combien tu détestais la solitude. Quand je t’enfermais le soir dans ton box, tes yeux s’écarquillaient de peur, ton corps trahissait ta détresse… Et je ne voyais pas encore ce que tu essayais de me dire. Tu aurais tant voulu que je reste avec toi. Je te demande pardon. Je n’ai pas compris assez vite.
Alors nous t’avons cherché un compagnon, et c’est Nemoo qui est arrivé, lui aussi sauvé d’une mort certaine par un coup de marteau sur son front fragile. Nemoo et Calvin : un duo parfait, libres comme l’air, courant à travers les prés et la forêt, ne manquant jamais une occasion de nous faire sourire ou secouer la tête d’émerveillement.
Je me souviens encore de cette frayeur quand vous aviez disparu… Je vous cherchais partout, les jambes coupées d’inquiétude, pour finalement vous retrouver… dans le salon, confortablement installés au milieu des plantes renversées. Ou encore ces fameuses journées où je me demandais pourquoi les coussins du sofa de la terrasse étaient sans cesse jetés au sol, jusqu’à ce que je vous surprenne, tous les deux, affairés à les déplacer pour mieux vous y coucher, sans aucune gêne.
Puis tu as grandi, espiègle, un brin effronté, et parfois inquiétant quand tu n’hésitais pas à courir après les visiteurs. Tu t’affirmais mais il fallait bien te protéger… et protéger les autres. Des clôtures ont été dressées, non pas pour t’enfermer, mais pour assurer ta
sécurité face à ceux qui ne comprenaient pas ton cœur d’enfant dans ce corps devenu déjà si grand.
L’arrivée de Bailey a un peu bousculé votre équilibre : Nemoo est tombé amoureux de Bailey, et t’a mis de côté. Mais cela n’a pas duré, au lieu de les bouder et de leur tourner le dos pour les ignorer, tu as accepté ce nouveau membre de ta famille. Et tous deux sont restés près de toi, fidèles et attentifs, pendant tes derniers jours, tes derniers souffles. Nemoo a beaucoup pleuré après ton départ… Il a crié sa peine comme jamais auparavant.
Tu es devenu un taureau immense, majestueux, d’une beauté à couper le souffle. Toutes les personnes qui ont eu la chance de croiser ton chemin sont tombées sous ton charme. Aucune n’a pu résister à ta présence imposante, à ton regard de velours, à tes coups de langue si puissants mais si tendres.
Pour moi, tu étais, tu es et tu seras toujours mon bébé… malgré tes mille kilos et ta hauteur impressionnante.
Tes derniers jours ont été une lente agonie : la tienne, enfermée dans un corps trop lourd, et la mienne, impuissante, incapable d’arrêter cette descente inévitable.
Je t’ai offert une vie d’amour et de liberté… mais je n’ai pas pu te sauver de l’héritage tragique que portait ton corps, sculpté pour mourir jeune. Tu étais condamné dès ta naissance, que ce soit dans l’horreur des abattoirs ou dans la tendresse de ta liberté.
Ton absence résonne partout : dans la forêt, dans ton box, dans les prés… Parfois je crois t’apercevoir au détour d’un arbre… mais tu n’es plus là. Je te garde jalousement dans mon cœur, pour toujours.
Cours, mon Calvin, cours. Profite de ta nouvelle liberté. Et si tu peux… attends-moi.
Catherine